Archives pour la catégorie **** Très Bon

Continents à la dérive … Russell Banks

Continents à la dérive de Russell Banks
Résumé : Un réparateur de chaudières dans une petite ville du New Hampshire abandonne son quotidien misérable et part pour la Floride avec sa famille, attiré par un nouvel avatar du rêve américain. A plusieurs milliers de kilomètres de là, une jeune Haïtienne fuit la violence et la pauvreté de son pays natal pour rejoindre l'Amérique... de ses rêves. Les deux destins finiront par se croiser dans cet ample roman sur l'errance et l'injustice dont Marc Chénetier (le traducteur) dit que " l'histoire y est, d'entrée, vue de très haut, à l'aune des temps géologiques et des mouvements climatiques ".
Deux histoires dans ce même livre. Celle de Bob Dubois, un Américain en quête de reconnaissance et d'argent et celle de Vanise Dorsinville, une Haïtienne qui fuit son pays et la misère. Deux destins qui vont se croiser en cette fin du XXème siècle. Ambiance tendue, glauque parfois mais on se laisse happer par ces personnages et leur destin tragique. Une autre façon d'aborder l'Amérique, dont je ne me lasse pas, et l'immigration entre autre.

Le polygame solitaire …. Brady Udall

Le polygame solitaire de Brady Udall
Résumé : Après Le Destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall raconte l'histoire exceptionnelle d'une famille non moins exceptionnelle. À quarante ans, le très mormon Golden Richards, quatre fois marié et père de vingt-huit enfants, est en pleine crise existentielle. Son entreprise de bâtiment bat de l'aile, son foyer est une poudrière minée par les rivalités et les menaces d'insurrection. Rongé par le chagrin depuis la mort de deux de ses enfants, il commence sérieusement à douter de ses qualités de père et de sa capacité à aimer. Golden Richards, tragiquement fidèle à ses idéaux, se sent seul. Mais dans le désert du Nevada, il va découvrir que l'amour est une mine inépuisable. Porté par une verve aussi féroce qu'originale, Le polygame solitaire nous parle avec humour du désir et de la perte, de la famille et de l'amour.
Plus de 700 pages qui une fois commencées, deviennent difficiles à lâcher. Au début, j'ai choisi ce livre pour entrer dans le monde fermé des Mormons mais au final, j'ai adoré retrouver Golden Richard, ses 28 enfants et ses 4 épouses. Tous les thèmes de la famille sont présents, du coup ils nous font nous émouvoir, sourire et même rire. Le style de l'auteur est agréable, à la fois drôle et relevé.

Pas mieux … Arnaud Le Guilcher

Pas mieux de Arnaud Le Guicher
Résumé : Quinze ans après « En moins bien », un soir de Noël, Emma revient… avec le fiston ! Au Etats-Unis, la rencontre d’un père alcoolique avec son fils, adolescent gothique de 15 ans.
J’ai eu du mal à entrer dans cette histoire. Sûrement parce que c’est la suite de « En moins bien » que je n’ai pas lu ! Les personnages se dévoilent lentement, le ton est décontracté, voire familier et plein d’humour. L’auteur nous fait des clins d’œil dont certains ne prennent tout leur sens qu’à la fin. Après une mise en place au ralenti, les événements s’enchaînent, les personnages sortent de leur torpeur et on est pris par l’action. Un très bon moment. Je lirai volontiers le précédent (En moins bien) ou le suivant (Pile entre deux) !

Syngué Sabour … Atiq Rahimi

Syngué sabour de Atiq Rahimi
Résumé : Syngué sabour, pierre de patience, dans la mythologie perse. Pierre magique que l'on pose devant soi pour déverser sur elle ses malheurs, ses souffrances, ses douleurs, ses misères... Et la pierre écoute tous les secrets jusqu'à ce qu'un beau jour elle éclate.
J’avais lu en 2008 ce prix Goncourt et été fort impressionnée par la force et la qualité de ce récit. C’est l’histoire d’une femme afghane qui dans l’horreur de la guerre à Kaboul reste au chevet de son mari blessé, grabataire dans le coma. Durant cette épreuve qui durera plusieurs semaines, elle se confie à lui, ose lui dévoiler ses pensées, ses déceptions ses regrets et aussi ses désirs intimes et lui dévoile les secrets jusqu’alors enfouis en elle. La vie et la place des femmes au sein de la famille dans ce pays, et aussi leur soumission complète à la domination masculine et au Coran, nous est relatée avec beaucoup de délicatesse. La Pierre de Patience « SYNGUE SABOUR » à qui toutes nos peines, tous nos secrets sont révélés éclate un jour et nous en sommes délivrés. Le film tiré par Atiq Rahimi lui-même de son roman lui est très fidèle. On y retrouve entre autre, cette très belle fin énigmatique qui peut susciter les interrogations et alimenter les échanges de points de vue. C’est le moment de voir le film…Allez y…=

La peste et le choléra … Patrick Deville

La peste et le Choléra de Patrick Deville
Résumé : Quand Louis Pasteur expérimente avec succès le vaccin contre la rage, il ouvre de nouvelles et formidables perspectives à la biologie et à la médecine. Il chargera plus tard ses élèves ou disciples de prolonger ses recherches à travers le monde. Les jeunes pasteuriens partent pour de longs périples. Parmi eux, Alexandre Yersin, d’origine suisse (il est né à Morges en 1863), naturalisé Français pour les besoins de la science, qui se forme sur le tas et part très vite en Indochine, où il passera le plus clair de sa vie, loin des brouhahas parisiens et des fracas guerriers. Il multiplie là-bas les observations épidémiologiques mais aussi bien géographiques, astronomiques ou météorologiques. C’est que ces jeunes gens sont curieux de tout, Yersin en particulier. Ami du politicien Doumer, Yersin se trouve à l’origine de la ville de Dalat, dans l’actuel Vietnam, puis il s’installe à Nha Trang pour y mener passionnément ses multiples activités de chercheur. Elevage bovin, culture de l’hévéa, des orchidées, de la quinine : il pourrait faire fortune mais tout va au financement des recherches et de l’Institut Pasteur créé entre-temps. La science l’absorbe, il n’aura ni femme ni enfant. Parfois il revient en Europe, mais c’est le plus souvent de loin, à la radio ou par les journaux, qu’il reçoit l’écho des conflits mondiaux et de leurs atrocités. Il meurt en 1943, conscient mais pas tout à fait amer que son nom n’aura pas la même gloire posthume que son maître, Louis Pasteur, et demeurera essentiellement attaché à la découverte du bacille de la peste à Hong-Kong en 1894. C’est cette formidable aventure scientifique et humaine que raconte Deville en croisant les périodes et les personnages autour de la figure de Yersin.
Un ravissement du début à la fin, avec références et documentation intéressantes C’est l’histoire d’une vie. Une belle vie, celle d’un homme intelligent, ingénieux, simple et généreux qui a découvert entre autre à 31 ans en 1894, le bacille de la peste. C’est aussi l’histoire d’une période historique entre deux siècles, de 1850 à 1950, foisonnante d’évènements, de progrès, de découvertes et bouleversements dans tous les domaines. C’est l’époque de la colonisation et des guerres mondiales. Alexandre Yersin est avant tout un homme libre, disponible, avide de trouvailles dans tous les domaines au fur et à mesure de ses intuitions. Il évolue entre sa Suisse natale l’Allemagne la France et affectionne plus particulièrement l’Asie où il vit et finit sa vie face à la mer qu’il observe encore et encore sans cesser d’inventer. Ses liens d’amitié profonds avec « la bande à Pasteur » dureront sa vie entière. J’ai aimé le style de ce récit, l’humour parfois, la richesse de la documentation et des personnages évoqués. J’ai apprécié les répétitions résumées qui sont une aide à la compréhension globale, et aussi l’évocation à sept reprises au moins des cerfs- volants. J’attends avec impatience la prochaine parution de Patrick Deville.

L’ombre du vent … Carlos Ruiz Zafon

L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon
Résumé : Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.
L'ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon, se passe à Barcelone et c'est ce qui m'a fait le lire. J'ai adoré ce roman qui montre à quel point un livre peut changer une vie. Un libraire emmène son fils dans le cimetière des livres afin qu'il en adopte un. Ce choix est une révélation pour ce petit garçon qui voudra en savoir plus sur cet auteur dont les livres sont devenus introuvables... L'histoire avance, les pièces se mettent en place dans le passé et le présent. Le héros et l'auteur mystérieux ont tellement de points communs que c'en est surprenant, comme si leurs vies étaient liées. Les personnages sont tous attachants, les méchants très méchants, mais pas sans raisons et les gentils jamais parfaits. Un vrai régal!!